Origine des mots mathématiques

Des chiffres
et des lettres

Derrière les mots que nous utilisons chaque jour en mathématiques se cachent des histoires étonnantes, parfois millénaires. Voici trois exemples qui nous rappellent que les mathématiques sont aussi une aventure linguistique.

Facteur/factorisation

Gravure d'une usine aux cheminées fumantes.

Un professeur vous demande de factoriser le nombre 30 à l’aide de facteurs premiers. Facile, dites-vous ! C’est 2 × 3 × 5 ! Vous avez bien raison.

Mais… pourquoi diable parle-t-on ici de facteurs ? Après tout, il n’est nullement question de livraison de courrier !

À l’origine, le mot facteur vient du latin factor, dérivé du verbe facere, qui signifie "faire", "produire", ou "fabriquer". Un facteur est donc, littéralement, celui qui fait. Dans le monde romain, un factor pouvait être un gérant, un intermédiaire ou un représentant – bref, une personne qui fait fonctionner une activité.

On retrouve cette idée dans le mot anglais factory, une usine où l’on fabrique des choses.

De la même manière, factoriser un nombre, c’est retrouver les éléments de base qui, combinés, permettent de le produire.

Probabilité

Gravure d'une balance portant un symbole de pourcentage et un point d'interrogation.

Le mot probabilité vient du latin probabilitas, dérivé de probare : « éprouver », « approuver », « juger bon ». Autrement dit, ce qui mérite d’être cru. Rien à voir, à l’origine, avec le hasard : on parlait plutôt de plausibilité.

Pendant des siècles, on utilise le terme pour qualifier :

  • en droit, la crédibilité d’un témoignage ;
  • en philosophie ou théologie, une opinion raisonnable mais incertaine.

Puis, au XVIIe siècle, tout bascule. Pascal et Fermat discutent des jeux de dés, Huygens publie en 1657 le premier traité sur le sujet : on commence alors à chiffrer l’incertitude. La probabilité devient une mesure numérique du caractère vraisemblable d’un événement.

Aujourd’hui, le mot garde cette double racine :

  1. Étymologique : ce qui paraît plausible (raisonnement).
  2. Mathématique : ce qui a une chance mesurable de se produire (calcul).

Une belle démonstration de la manière dont les mathématiques héritent des mots… et leur donnent un second souffle !

Sinus

Gravure d'un archer bandant son arc.

Le mot sinus fait souvent frissonner : il rappelle le cercle trigonométrique et ses formules mystérieuses. Pourtant, son histoire n’a rien d’effrayant. Elle est même étonnante… et un peu poétique.

Tout commence dans l’Inde ancienne. Les savants d’alors utilisent le mot sanskrit jiva, qui désigne… la corde d’un arc.

L’image est parlante : pour eux, le sinus d’un angle ressemble à une corde tendue dans un cercle, comme celle qu’un archer accroche à son arc avant de viser.

Quand ce savoir passe dans le monde arabe, un problème surgit : jiva n’a pas vraiment de sens en arabe. Les traducteurs choisissent alors un mot proche dans la sonorité : jayb, qui veut dire « poche » ou « cavité ».

Plus tard, en Europe, les érudits latins traduisent à leur tour jayb par sinus. En latin, ce mot signifie une courbe, une anse, ou encore une cavité, comme les sinus de notre visage.

Ainsi, de corde en poche, puis de poche en cavité, le mot sinus a voyagé à travers les langues et les siècles, pour en arriver à désigner aujourd’hui une fonction de trigonométrie.